Interview avec Henk Ovink, l’envoyé spécial du Royaume des Pays-Bas pour les affaires internationales liées à l'eau

S’orienter vers un avenir durable pour le Delta du Mékong

Mardi, 13 novembre 2018 à 17:21:57
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Henk Ovink, l’envoyé spécial du Royaume des Pays-Bas pour les affaires internationales liées à l'eau, lors de l'interview. Photo : DH/NDEL.

Nhân Dân en ligne - Le delta du Mékong et ses habitants sont confrontés aux inondations, à la sécheresse, à la salinisation, à la pollution des eaux et à la subsidence des terres. Cependant, des réponses intelligentes et appropriées aideraient cette région à faire face aux défis, à les transformer en opportunités et à rendre le delta plus durable, résilient et prospère. Les Pays-Bas sont toujours prêts à partager ses expériences et à rester côte à côte pour soutenir le Vietnam en la matière. C’est ce qu’a déclaré Henk Ovink, l’envoyé spécial des Pays-Bas pour les affaires internationales liées à l'eau, lors d’une interview accordée au Journal Nhân Dân en ligne, en marge de sa récente visite de travail au Vietnam.

Nhân Dân en ligne : Quel est le but de votre visite au Vietnam cette fois-ci ?

Henk Ovink : Comme vous le savez, l’année 2018 marque le 45e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Vietnam et les Pays-Bas. Cette visite, tout d’abord, a pour but de promouvoir ces belles relations, de renforcer la compréhension mutuelle et la coopération bilatérale dans divers domaines.

Ensuite, le Vietnam et les Pays-Bas sont très vulnérables aux changements climatiques. Nous souhaitons à travers cette visite partager les connaissances, expériences et solutions de notre pays pour aider le Vietnam en général et le Delta du Mékong en particulier à lutter contre et à s’adapter aux changements climatiques.

Nous évoquerons également les moyens de promouvoir la mise en œuvre de l'Accord de partenariat stratégique sur l'adaptation aux changements climatiques et la gestion de l'eau conclu en 2010 entre la République socialiste du Vietnam et le Royaume des Pays-Bas, ainsi que le déploiement de la Résolution 120/NQ-CP du Gouvernement vietnamien sur le développement durable du Delta du Mékong dans le contexte du réchauffement climatique.

Nhân Dân en ligne : Comment estimez-vous les impacts des changements climatiques dans le Delta du Mékong ?

Henk Ovink : Tous les jours vous voyez dans les journaux des informations sur les inondations, la sécheresse, l’intrusion d'eau salée ou la pollution de l’eau. Celles-ci perturbent la vie quotidienne des gens et l’économie. Ces défis sont en partie dus aux aléas naturels tels que les cyclones, les marées hautes, les phénomènes climatiques extrêmes, ainsi qu’aux comportements humains, à l'urbanisation et à l'industrialisation.

Le Vietnam et les Pays-Bas partagent les mêmes défis et opportunités dans leurs deltas fluviaux. Au Vietnam, ce sont les deltas du fleuve Rouge et du Mékong, alors qu’aux Pays-Bas, ce sont les deltas des fleuves Rhin et Meuse. Ce sont des zones fortement touchées par les changements climatiques.

Le delta du Mékong du Vietnam est en train de disparaitre ! Les scientifiques alertent que l'affaissement du sol pourrait atteindre 2,5 cm par an ! De plus, l'apport de sédiments du bassin versant en amont est réduit chaque année. Le niveau de la mer augmentera de 3 mm chaque année. Ce n'est pas simplement un problème, c'est une menace existentielle pour le delta et ses habitants. Dans 30, 50 ou 100 ans, certaines parties du delta pourraient être situés sous le niveau de la mer. C'est une mauvaise nouvelle pour les citoyens, le monde des affaires et les investisseurs.

Le delta du Mékong et ses habitants sont confrontés aux impacts des changements climatiques. Photo d’illustration : VNA.

Nhân Dân en ligne : Sur la base de l'expérience des Pays-Bas, pourriez-vous formuler des recommandations pour aider le Vietnam à résoudre ces problèmes de manière intégrée afin de parvenir à des solutions durables ?

Henk Ovink : Nous ne pouvons pas empêcher ces risques naturels mais nous pouvons en atténuer les conséquences. Comme nous le savons tous, les Pays-Bas vivent sous le niveau de la mer et près de la moitié du pays serait inondé sans les digues. Cependant, depuis l’exécution des plans du delta, nous avons pu maîtriser les conséquences de la crue des eaux, évitant ainsi toutes pertes. Les digues, les dunes, les vannes, les barrières de marée, les bassins de rétention, etc. jouent un rôle important dans la prévention des inondations.

Ces expériences sont toujours prêtes à être partagées avec le Vietnam, en tenant compte de l'adaptation aux spécificités du delta du Mékong. Les deux pays ont signé en 2010 l'Accord de partenariat stratégique sur la gestion de l'eau et l'adaptation aux changements climatiques et les Pays-Bas ont soutenu le Vietnam dans l’édification du Plan du delta du Mékong.

L'un des principes directeurs de l'approche néerlandaise est que les digues et autres infrastructures en dur ne sont pas toujours nécessaires. Les solutions naturelles durables sont parfois les options les meilleures et les moins coûteuses.

A présent, beaucoup de gens savent que les inondations ne sont pas seulement mauvaises. Les inondations ont des effets positifs : elles permettent par exemple de garder les terres fertiles pour la culture. Les experts néerlandais conseillent donc le Gouvernement vietnamien sur la façon de vivre avec les inondations. Il ne s'agit pas de lutter contre les inondations mais de contrôler ces inondations. Il faut bénéficier des intérêts apportés par les inondations et contrôler leur force destructrice. Pour atteindre cet objectif, cela nécessite une vision globale parce que la prévention des inondations à un endroit peut provoquer des inondations ailleurs.

De la même manière, l'intrusion d'eau salée n'est pas nécessairement un désastre. Cela peut être une ressource pour la pisciculture et l'élevage des crevettes. Une autre solution consisterait peut-être à opter pour des cultures moins risquées, à adopter la salinité et à créer de meilleures chaînes de valeur. De cette manière, nous transformons le delta vulnérable du Mékong en une zone plus durable, plus résiliente et plus prospère. Nous évitons qu'un danger ne devienne une catastrophe. « Nous transformons les défis en opportunités », une phrase que j'emprunte au Premier ministre vietnamien Nguyên Xuân Phuc.

En outre, le Gouvernement pourrait réglementer efficacement l'extraction de sable et des eaux souterraines. Les agriculteurs et les usines doivent passer de l'utilisation des eaux souterraines à l'utilisation des eaux de surface. La prévention de la pollution et le traitement de l’eau sont des mesures importantes pour créer des sources d’eau alternative, contribuant à la réduction des risques de catastrophe. Nous devons trouver des moyens de calmer la « soif d’eau souterraine » et la « faim de sable » dans le delta du Mékong et ses alentours.

Nhân Dân en ligne - Pourriez-vous décrire quelques réalisations exceptionnelles de la mise en œuvre de l'Accord de partenariat stratégique sur l'adaptation aux changements climatiques et la gestion de l'eau conclu en 2010 entre les deux pays ?

Henk Ovink : L'annonce du Plan du Delta du Mékong 2013 a été l'un des points d’orgues du partenariat entre les deux pays. Le Vietnam et les Pays-Bas ont tous deux participé activement à la préparation de ce plan. Jusqu'à présent, la vision exposée dans ce plan a officiellement été introduite dans la Résolution 120 du Gouvernement vietnamien sur le développement durable du delta du Mékong en matière d'adaptation aux changements climatiques. Les Pays-Bas ont hautement apprécié l'orientation claire dans le domaine de la gestion de l'eau et des changements climatiques du Vietnam. La Résolution 120 constitue une base solide pour la poursuite des efforts communs des deux pays dans les temps à venir.

L’essence de ces réalisations réside dans le fait que le Vietnam reconnaît maintenant les défis sur la base d’une compréhension claire de l’interdépendance des secteurs concernés. Les activités liées à l'eau auront un impact sur l'agriculture, les moyens de subsistance, la nature, les transports et l'industrie. Par conséquent, la solution ne sera durable que si tous ces domaines interdépendants sont pris en compte dans le processus de prise de décision.

Nhân Dân en ligne : Quels seront les soutiens spécifiques que les Pays-Bas apporteront au Vietnam dans l'avenir pour promouvoir la mise en œuvre de la Résolution 120 ?

Henk Ovink : Permettez-moi de féliciter encore une fois le Gouvernement vietnamien pour son adoption en 2017 de la Résolution 120. Nous sommes heureux de constater que cette résolution s'appuie sur le Plan du delta du Mékong et sur les expériences néerlandaises. Les partenaires de développement ont tous salué cette résolution comme une avancée cruciale. Il englobe « vivre activement avec la nature » et appelle à un modèle économique différent, non pas axé sur la quantité mais sur la qualité, s’orientant non plus vers une croissance à court terme mais vers un développement durable. Il propose également « un Fonds delta » avec financement privé. Je souhaite réaffirmer que les Pays-Bas sont prêts à soutenir et coopérer avec le Vietnam dans son processus de mise en œuvre de la Résolution 120.

Ces dernières années, des projets intégrés ont été lancés pour renforcer l'harmonie entre l'agriculture et la gestion de l'eau. Des recherches ont également été menées sur l'impact de l'absorption d'eau souterraine sur l'affaissement du sol et l'intrusion de salinité accrue dans le delta du Mékong. Cette question sera l’une des priorités dans la coopération entre les Pays-Bas et le Vietnam dans les temps à venir.

Un autre problème consiste à étudier le mécanisme qui encourage les entreprises à renforcer leur responsabilité sociale. Cela permet aux entreprises de traiter et de nettoyer l’eau usée avant de la rejeter dans l’environnement. En conséquence, une partie du coût de la purification de l’eau sera comptabilisée dans le prix de revient du produit.

Avec l’apparition de la Résolution 120, qui souligne la nécessité de renforcer la coordination, tant horizontale que verticale entre les ministères concernés et les localités, les Pays-Bas souhaitent également contribuer à intensifier la capacité de coordination entre les parties concernées ainsi qu’avec les autres agences.

En conclusion, le Vietnam et les Pays-Bas sont côte à côte dans la planification et l’élaboration des politiques, en passant par le déploiement de ces plans et politiques. La mise en œuvre rencontre toujours des gros défis mais je suis convaincu qu’avec une belle relation bilatérale basée sur le respect mutuel, les similitudes dans les conditions naturelles et les expériences et les volontés des deux parties, le Vietnam et les Pays-Bas coopéreront efficacement pour un avenir durable du Delta du Mékong.

Nous vous remercions !

DH/NDEL

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