EVFTA : dix ans d’efforts pour récolter les fruits de l’EVFTA

Mardi, 18 février 2020 à 17:07:38
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Le Premier ministre Nguyên Xuân Phuc et des délégués à la cérémonie de signature de l'EVFTA et l'EVIPA. Photo : NDEL.

Nhân Dân en ligne - Le Parlement européen (PE) a récemment voté la ratification de l'accord de libre-échange (EVFTA) et de l'accord de protection des investissements (EVIPA) entre l’Union européenne (UE) et le Vietnam. Après une dizaine d'années de négociations, l'approbation de l’EVFTA par l'UE a ouvert un nouvel horizon de coopération plus large, plus globale et plus vigoureuse, répondant aux besoins des citoyens et des entreprises des deux parties.

Une décennie d'efforts incessants

En octobre 2010, le Vietnam et l'UE sont convenus d'entamer des négociations sur l’EVFTA. Près de dix ans après d’innombrables sessions de négociations, avec une énorme quantité de travail et de problèmes à résoudre, le 12 février 2020, le PE a officiellement ratifié l'EVFTA et l'EVIPA.

Le voyage réussi pour récolter les fruits de l'EVFTA est le résultat de l’implication de l’ensemble du système politique, avec les efforts conjoints des ministères, des secteurs et des particuliers.

Rétrospectivement, la signature de ces deux documents, qui s’est tenue à Hanoi l'année dernière, a coïncidé avec un important voyage de travail du Premier ministre Nguyên Xuân Phuc au Japon pour participer au sommet du G20 et effectuer une visite officielle dans le pays du Soleil levant. Malgré un programme de travail très chargé, le chef du gouvernement est rentré au Vietnam pour assister à l’événement et prononcer un discours avant de reprendre un vol pour le Japon la même nuit.

Nicolas Audie, président de la Chambre de Commerce européen (EuroCham) au Vietnam, a déclaré que le parcours vers l’EVFTA et l’EVIPA était la cristallisation d’une décennie d’efforts incessants. Cependant, pour arriver au bout de ce parcours, les deux parties ont dû mener un processus de négociation marathon avec d’innombrables défis.

Il y a eu des moments où le processus de ratification a été partiellement paralysé, a rappelé le président de la Chambre de commerce et d'industrie du Vietnam (VCCI), Vu Tiên Lôc, soulignant cette route remplie d'obstacles. Si la négociation était déjà difficile, l'approbation des deux accords semblait beaucoup plus épineuse, car les députés européens étaient assez exigeants et avaient des points de vue et des exigences différents, notamment en matière de travail, de droits de l'homme et d'environnement.

On peut dire qu'à l'heure actuelle, le système juridique vietnamien est en mesure de remplir ces conditions en garantissant le respect des conventions de l'Organisation internationale du Travail (OIT). En particulier, en juin 2019, le Vietnam a accepté d'adhérer à la Convention 98 de l'OIT sur la négociation collective et a approuvé le Code du travail (modifié) en novembre de la même année. Ces actions ont contribué à éliminer les goulots d’étranglement importants et créé les prémisses pour gagner le soutien du PE.

L’Assemblée nationale vietnamienne adopte le Code de travail (modifié) en novembre 2019. Photo : NDEL

Par contre, pour Luong Hoàng Thai, chef du Département des Politiques commerciales multilatérales, au Ministère de l'Industrie et du Commerce, la dernière étape de la négociation a été la plus difficile.

C'était une étape extrêmement compliquée. En raison des exigences internes de l'UE, l'accord de libre-échange déjà négocié a dû être divisé en deux nouveaux accords, l'EVFTA et le reste appelé accord de protection des investissements (EVIPA), qui doit encore être approuvé par chacun des parlements des États membres de l’UE.

« Il a semblé qu’après avoir presque terminé un marathon, nous étions obligés d’en recommencer un deuxième. A cette époque, beaucoup d’entre nous se sentaient fatigués, mais nous avons continué de faire nos efforts grâce à la forte détermination de l'ensemble du système politique, en particulier du gouvernement, du Premier ministre, des ministères et des secteurs », a expliqué Luong Hoàng Thai.

Malgré la fatigue, a rappelé Luong Hoàng Thai, les parties concernées ont redoublé d'efforts pour finaliser les accords. « Nous avons surmonté de nombreuses difficultés pour mobiliser les États membres de l’UE à approuver l’EVFTA avant de parvenir à la ratification par le PE où convergent différents partis et opinions ».

Il est à noter qu’il s’agit du premier accord que l’UE a signé avec un pays en développement et également du premier à recevoir le feu vert du PE dans sa nouvelle législature. Le fait que le Vietnam a surmonté de tels obstacles pour réussir est certainement un événement mémorable, notamment dans le contexte de la montée des tendances protectionnistes dans le monde.

Le PE a approuvé l'EVFTA et l'EVIPA. Photo : MAE.

Améliorer la qualité des ressources humaines pour saisir les opportunités

L'EVFTA ouvre aux entreprises vietnamiennes la porte d'un marché potentiel de 508 millions d'habitants et d'une valeur estimée à 18 000 milliards de dollars. Selon les estimations de la Commission européenne, le produit intérieur brut (PIB) annuel de l'UE augmentera d'environ 30 milliards de dollars une fois que l’EVFTA sera entré en vigueur.

Une recherche du ministère du Plan et de l'Investissement montre que la valeur des exportations du Vietnam vers l'UE augmentera d'environ 20% en 2020, 42,7% en 2025 et 44,37% en 2030, par rapport au scénario sans EVFTA. Certains secteurs devraient également connaître une croissance de leurs exportations vers l'UE, y compris celles du riz (+65%) d'ici 2025 ; du sucre (+8%) ; de la foresterie (+3%) ; de la viande de bétail et de volaille (+4%) ; des boissons et cigarettes (+5%) ; des textiles (+67%) ; de l’habillement (+81%) ; et des chaussures (+99%).

L’EVFTA apportera d’énormes avantages aux produits vietnamiens tels que les vêtements, l'électronique ou les produits du bois. Cependant, certains secteurs devraient rencontrer des difficultés, notamment les produits chimiques, les véhicules de transport, l'acier, l’industrie pharmaceutique et les produits agricoles transformés.

En outre, les dispositions de l'accord prévoient des exigences très strictes concernant l'origine, la certification de l'origine, la sécurité alimentaire, la transparence des informations ou l'environnement de production.

Le secteur de la chaussure dispose encore d’un énorme potentiel à exploiter. Photo : NDEL.

Concernant les opportunités et les défis liés à l'EVFTA, le président de la VCCI, Vu Tiên Lôc, a évoqué l'exemption immédiate par l'UE des droits d'importation pour 70% des produits vietnamiens et jusqu'à 99,7% après sept ans. L'élimination de ces taxes douanières est considérée comme un grand avantage en termes de coûts, mais la question est de savoir comment répondre aux attentes.

Premièrement, le Vietnam devra satisfaire aux règles d'origine des marchandises. À l'heure actuelle, les matériaux pour la production du Vietnam proviennent principalement de la Chine et de l'ASEAN, plutôt que de l'intérieur du pays et de l'UE. Comment répondre aux exigences d'origine est le premier obstacle que les entreprises vietnamiennes doivent surmonter, en particulier pour le textile, l'habillement et les chaussures, les principaux produits d'exportation du Vietnam vers le marché de l'UE.

Deuxièmement, les barrières techniques et sanitaires sont très élevées, ce qui représente un défi pour de nombreuses entreprises.

Troisièmement, les mesures de sauvegarde exigeantes en Europe pour protéger les consommateurs et le marché constituent également des difficultés à surmonter.

Enfin, le facteur fondamental réside dans la compétitivité des produits vietnamiens.

Mise en œuvre d'un logiciel de formation en ressources humaines. Photo : NDEL.

À cet égard, Vu Tiên Lôc a souligné un écart entre le Vietnam, dont la capacité concurrentielle se situe à un niveau moyen selon la classification du Forum économique mondial, et l’UE, l'une des principales économies de la planète. Par conséquent, l’amélioration de la compétitivité des services et des produits du Vietnam est considérée comme une priorité absolue, et pour ce faire, les problèmes essentiels de l'environnement d’affaires doivent être abordés de nouveau.

En outre, selon le président de VCCI, un goulot d'étranglement majeur que le Vietnam devrait supprimer est la qualité de ses ressources humaines, pour tirer parti des opportunités d'intégration et améliorer la compétitivité. À ce propos, Vu Tiên Lôc a souligné la nécessité de prendre des mesures plus innovantes dans les domaines de la formation professionnelle et de l'enseignement supérieur.

Le vice-président de la Confédération des travailleurs du Vietnam, Ngô Duy Hiêu, partage le même avis. Il a également précisé que la solution du problème susmentionné nécessitait l’élaboration de politiques et de stratégies à grande échelle et que, à cet égard, les politiques nationales de formation professionnelle et de réforme de l'éducation devaient être adaptées.

NDEL

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